Son directeur général rend son tablier, un Egyptien à la tête de l’OMC

Hanaa Khachaba Samedi 18 Juillet 2020-11:29:25 Chronique et Analyse
Le candidat égyptien au poste de directeur général de l'OMC
Le candidat égyptien au poste de directeur général de l'OMC

La pandémie de Covid-19 représente un bouleversement sans précédent de l’économie mondiale et du commerce mondial, la production et la consommation étant réduits dans le monde entier. L’un des moyens les plus efficaces d’affronter cette crise est de communiquer des informations précises en temps utile. Un public informé est mieux à même de prendre de bonnes décisions, y compris sur des questions liées au commerce. Ceci étant, l’Organisation mondiale du commerce, établie en 1995, à Genève, est la mieux placée pour informer sur les effets de cette crise sanitaire mondiale, puisque c’est l’organisation internationale qui a pour objectif d’assurer l’ouverture du commerce dans l’intérêt de tous. Cet article vous apprend un peu plus sur l’OMC et sur l’ambition africaine de briguer le poste prématurément vacant de directeur général.

 

 

 

L’OMC offre une enceinte où sont négociés des accords destinés à réduire les obstacles au commerce international, à garantir des conditions égales pour tous et à contribuer ainsi à la croissance économique et au développement. Elle offre également un cadre juridique et institutionnel pour la mise en œuvre et le suivi de ces accords et pour le règlement des différends découlant de leur interprétation et de leur application.

L’OMC est avant tout un cadre de négociation, un lieu où les gouvernements membres se rendent pour essayer de résoudre les problèmes commerciaux qui existent entre eux. La première étape consiste à discuter. Ces négociations demandent des moyens importants pour pouvoir être suivies efficacement par les membres de l'organisation (juristes, experts, etc.). L'OMC fonctionne sur un mode démocratique au sens où chaque Etat représente une voix, quelque soit son poids politique ou économique.

En ces temps critiques, et selon les mises en garde de l’OMC, le commerce international devrait enregistrer une contraction historique en 2020 en raison de la pandémie de Covid-19 sur une planète confinée, où les entraves à l’activité économique et aux échanges aggravent un contexte déjà néfaste de tensions et d’incertitudes. Les échanges commerciaux pourraient s’effondrer de 13% en volume cette année dans le pire des scénarios, après s’être accrus de 2,9% en 2018 et avoir reculé de 0,1% en 2019, selon les calculs des économistes de l’OMC.

Nul ne peut ignorer l’impact que le virus a eu sur les exportations et les importations et la manière dont les activités de l’OMC ont été affectées par la pandémie. Des millions de personnes dans le monde ont déjà perdu leur emploi et leurs revenus. La pandémie, qui a déjà contaminé des millions de personnes dans le monde pourrait provoquer la plus grave récession ou le plus sérieux revers économiques de notre existence.

Déjà minés par les tensions commerciales et les turbulences liées au Brexit, les échanges commerciaux devraient afficher une baisse à deux chiffres dans presque toutes les régions de la planète.

La correction menace d’être particulièrement sévère pour l’Amérique du Nord et l’Asie, dont les exportations pourraient s’effondrer de 40% et 36% respectivement, en retenant l’hypothèse la plus pessimiste.

L’Europe et l’Amérique du Sud enregistreraient des baisses également supérieures à 30%. Les gouvernements dans le monde entier peuvent et doivent poser les fondations d’un redressement énergique et inclusif. « Si les pays œuvrent ensemble, nous verrons un redressement plus rapide et plus solide que si chaque pays agit seul », a encore prévenu l’OMC par la voix de son directeur sortant Roberto Azevedo.

Au total, la crise des échanges mondiaux sera probablement supérieure à la contraction du commerce causée par la crise financière mondiale de 2008-2009. Des secteurs entiers des économies nationales ont été fermés, comme l’hôtellerie, la restauration, le commerce de détail non essentiel, le tourisme et une part importante de l’activité manufacturière.

Cette baisse inévitable du commerce et de la production aura des conséquences douloureuses pour les ménages et les entreprises, en plus des souffrances humaines causées par la maladie elle-même.

Pas moins de 1,25 milliards de travailleurs risquent notamment d’être directement affectés par la crise alors que plus de 4 milliards de personnes, soit plus de la moitié de l’humanité, sont contraintes à rester chez elles.

« Les chiffres sont mauvais, c’est indéniable. Mais une relance rapide et vigoureuse est possible. Les décisions prises aujourd’hui détermineront la forme de la reprise et les perspectives de croissance mondiale. Les divers scénarios de l’Organisation mondiale du Commerce anticipent un rebond du volume du commerce mondial de plus de 21 à 24% en 2020, et de 36% en Asie. Ces estimations sont entourées d’un grand degré d’incertitude, en fonction de la durée de la pandémie et des mesures mises en place pour la combattre. « La probabilité d’une reprise forte est plus grande si les entreprises et les consommateurs considèrent la pandémie comme un choc temporaire et ponctuel », a noté le directeur démissionnaire de l’OMC.

Celui-ci estime, au milieu des ces fortes secousses économiques, ne plus être l’homme de la situation. Le Brésilien Roberto Azevedo rend son tablier, une année avant l’heure. Frustré à la tête d’une OMC paralysée en pleine tourmente économique due au Covid-19, il annonce sa démission avant la fin de son mandat.

Qui assumera le relais ? Pour le remplacer, des observateurs estiment que le moment de l’Afrique est finalement venu. Or, en ces temps particulièrement difficiles pour la planète entière, un directeur général africain ou d’un autre continent n’est pas la vraie question. Il faut avant tout un visionnaire, un connaisseur accompli de l’économie, des problèmes sociaux et, qui plus est, a du charisme afin de pouvoir effecteur une réorganisation en tenant compte des plus pauvres. Des voix s’élèvent pourtant et réclament un Africain à la tête de l’OMC.

Dans le cadre de l’Union africaine, les pays africains ont décidé en juillet 2019 que le prochain directeur général de l’OMC soit un Africain. C’est un sentiment fort. « En effet, l’Afrique n’a jamais occupé ce poste auparavant et il est temps car toutes les autres régions ont occupé ce poste », a déclaré le Suisso-égyptien Hamid Mamdouh qui convoite le poste vacant de directeur général de l’OMC, en plein marasme économique.

Cet ancien diplomate égyptien, né au Caire et installé en Suisse depuis une dizaine d’années, est diplômé en droit. Il n’est pas le seul candidat africain prêt à entrer dans la bataille. Le Nigérain Yonov Frederick Agah, actuellement l’un des vice-directeurs de l’OMC, le Béninois Eloi Laourou, ambassadeur auprès des Nations unies à Genève, ont également été pré-sélectionnés par l’Union africaine en février. L’Union africaine espérait choisir un candidat unique d’ici juillet, la période de désignation du prochain chef de l’OMC devant débuter en décembre. Mais l’annonce du départ anticipé du Brésilien Roberto Azevedo a pris tout le monde de court.

Reste à savoir si les pays africains parviendront à s'entendre autour d'un candidat unique d'ici-là. D'autant que la Kényane Amina Mohamed, déjà candidate en 2012 et ancienne diplomate à Genève, semble vouloir aussi se lancer dans la course.

En attendant, M. Mamdouh fait déjà campagne à Genève, faisant valoir sa longue expérience à l'OMC. Arrivé à Genève en 1985 en tant que négociateur commercial au sein du service diplomatique de l'Egypte, il a rejoint en 1990 le GATT, l'ancêtre de l'OMC, comme conseiller juridique puis assistant du directeur général adjoint.

M. Mamdouh reconnaît que son profil professionnel « s'écarte un peu des profils typiques des directeurs généraux précédents », mais quoi de mieux qu'un « ingénieur » pour réparer une voiture en panne, comme l'OMC?

« L'OMC est conduite par ses membres. Mais pour pouvoir conduire votre voiture, elle doit être en état de marche », dit-il.  « Si vous vous engagez dans un processus de réforme, ne préféreriez-vous pas avoir à vos côtés un des ingénieurs qui a participé à la conception et mise en place du système (...) pour vous aider à remettre en état de marche la voiture ? »,  a-t-il ajouté.

On verra dans les semaines à venir qui de ces candidats assumera cette tâche rude en ces moments de fortes turbulences économiques …

 

Sources

boursorama.com

wto.org

letemps.ch

Lapresse.ca

Wikipedia.org

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